INCIDENCE ÉLEVÉE DES INFECTIONS NOSOCOMIALES À PSEUDOMONAS AERUGINOSA AU COURS D’ASSISTANCES CIRCULATOIRES PÉRIPHÉRIQUES
B. ZUBER, B. MÉGARBANE, N. DEYE, L. RASKINE,
L. COSTES, S. KARYO,
D. RÉSIÈRE, G. GUERRIER, F. J. BAUD.
Réanimation Médicale et Toxicologique
Hôpital Lariboisière, 2 rue Ambroise Paré - 75010 Paris
OBJECTIF PRINCIPAL
Déterminer l’incidence des infections nosocomiales au cours des assistances
circulatoires réalisées dans un service de réanimation médicale.
MATÉRIELS ET MÉTHODES
Étude rétrospective des 21 patients consécutifs ayant eu une assistance
circulatoire périphérique (ACP) (pompe centrifuge Jostra® et canulation
fémorale) dans le service de Réanimation Médicale et Toxicologique de l’Hôpital
Lariboisière entre août 2003 et janvier 2005.
RÉSULTATS
Vingt et un patients (âge : 40±13ans, 5H/16F) ont bénéficié d’une ACP en 20
mois : assistance artério-veineuse ou ECLS (20/21) et veino-veineuse ou ECMO
(1/21). Les indications de ces ACP étaient une intoxication aiguë par médicament
cardiotrope avec effet stabilisant de membrane (17/21, 81%), un arrêt
cardiorespiratoire réfractaire chez des patients de moins de 30 ans (3/21, 15%)
et un choc cardiogénique sur cardiopathie pré-existante (1/21, 5%). Les arrêts
cardiaques non toxiques étaient survenus dans les suites d’une embolie
amniotique en péri- artum (1/3) ou d’un trouble du rythme ventriculaire malin
(2/3). La durée de ventilation mécanique était de 7±4 jours, la durée
d’assistance circulatoire de 84±84 heures et la durée d’hospitalisation de 11±9
jours. Tous les patients ont reçu une antibiothérapie dans les 24 premières
heures d’hospitalisation pour la mise en place de l’ACP : clavulamate-amoxicilline
(17/21, 81%), céfotaxime + métronidazole (3/21, 15%) et 1 céfotaxime seul (1/21,
5%). Dix patients sur 21 (48%) sont sortis vivants de notre réanimation (durée
de séjour en réanimation : 16±10 jours). Deux patients, transférés dans un autre
service de réanimation, sont décédés secondairement : l’un le lendemain de son
transfert en raison d’une défaillance multiviscérale et l’autre à distance du
transfert après mise en place d’une assistance bi-ventriculaire définitive.
La mortalité globale est donc de 62%.
En cours d’hospitalisation, des germes ont été isolés chez 11 patients (52%)
justifiant la poursuite ou l’adaptation de l’antibiothérapie (cf. tableau).
Parmi ces infections documentées, 5/11 étaient liées à une pneumonie précoce
(<48 h) considérée comme d’inhalation. Neuf sur 11 (56% des survivants à h48)
ont été considérées comme infection nosocomiale. Une documentation à Pseudomonas
aeruginosa était obtenue chez 8/11 patients (soit 38% de la totalité des
patients) : pneumonie (7/8), bactériémie (5/8), infection du site opératoire
(2/8), infection d’un cathéter veineux central (2/8) et/ou infection urinaire
(1/8). Ces infections à P. aeruginosa étaient apparues après l’arrêt de l’ACP
chez 5/8 patients (63%), à 5±2 jours de l’admission.
D’autres micro-organismes (10/11, soit 48% de la totalité des patients) ont
également été isolés : bactériémie (3/10), infection pulmonaire (9/10),
infection d’un cathéter central (4/10) et/ou infection de sinus (1/10).
CONCLUSION
L’incidence des infections nosocomiales (56%) est dans notre expérience plus
élevée que celle rapportée dans la littérature. La population particulière de
cette série (intoxications avec pneumopathies d’inhalation) et l’administration
systématique d'une antibiothérapie empirique peuvent expliquer en partie cette
différence. La proportion d’infections nosocomiales à Pseudomonas aeruginosa est
très élevée. Cette proportion dépend plus probablement de l’écologie locale du
service et des antibiotiques utilisés en première ligne que de la mise en place
de l’ACP elle même.

Tableau:
Taux d’infections globales, communautaires (n = 21 patients) et nosocomiales (n
= 16 patients vivant à H48) des patients sous assistance circulatoire
périphérique.
Pseudomonas aeruginosa = Pa.