Pourquoi et comment limiter l'interface air-sang

A.Maudière - POITIERS
P.Rougé - TOULOUSE

La réponse inflammatoire systémique non spécifique (SIRS) observée en chirurgie cardiaque est responsable d’une morbi-mortalité significative initialement mise sur le compte d’un défaut de bio compatibilité des composants du circuit de CEC, responsable de l’activation de nombreuses cascades humorales et cellulaires : fibrinolyse, coagulation, complément, cytokines, interleukines, etc… La chirurgie coronaire à coeur battant sans CEC a permis de mieux cerner les responsabilités individuelles dans la physiopathologie de la réponse inflammatoire après CEC. La pratique de la chirurgie « off pump » a fourni une information majeure : la réponse inflammatoire n’est pas abolie par l’absence de surface artificielle. Il convient d’envisager le retentissement de la chirurgie cardiaque en général, plutôt que du retentissement de la CEC, dans la mesure où les causes d’activation du sang sont multifactorielles. La distinction entre réponse inflammatoire dépendante des matériaux et réponse inflammatoire indépendante des matériaux apparaît pertinente [1].

1. POURQUOI ?

La limitation de l’interface air-sang passe par la gestion des aspirations pendant la CEC. Ce concept poursuit 2 buts : a) limiter le contact air – sang [2,3]. b) s’opposer aux conséquences de l’activation du sang au contact des séreuses dans le champ opératoire [3,4,5].

2. COMMENT ?

La gestion des aspirations repose sur la séparation des aspirations [6,7]. On sépare les aspirations pleuro-péricardiques ou bien dont le mélange air/sang est important des aspirations intra cavitaires qui ne sont pas « souillées ». Les premières sont envoyées vers un récupérateur de cellules type « cell-saver », les secondes retournent directement vers le réservoir de cardiotomie. En cas d’urgence, des passerelles doivent rester possibles entre ces deux modes d’aspiration. Cette pratique impose une grande rigueur et une excellente coordination entre chirurgien, perfusionniste et anesthésiste. Il est fondamental de ne pas dépasser les limites d’un tel système. En clair, il faut veiller à ne pas atteindre une déperdition protéique et cellulaire (leucocytes et plaquettes) dommageable pour le patient.

EN CONCLUSION.

La gestion des aspirations doit faire partie intégrante de la réflexion sur les critères de qualité en CEC. Elle conditionne à notre sens la bonne pratique d’une intervention. Elle nécessite une coopération et une synchronisation parfaites entre les différentes équipes impliquées.

BIBLIOGRAPHIE.

1.Baufreton C. Réponse inflammatoire en chirurgie cardiaque : concepts et évolution des pratiques en circulation extracorporelle. Sang Thrombose et Vaisseaux. 13(8) : 468-75, 2001.
2. Schonberger JP, Everts PA, Hoffmann JJ. Systemic blood activation with open and closed venous reservoirs. Ann Thorac Surg. 59(6):1549-55, 1995.
3. de Haan J, Boonstra PW, Monnink SH, Ebels T, van Oeveren W.Retransfusion of suctioned blood during cardiopulmonary bypass impairs hemostasis. Ann Thorac Surg. 59(4):901-7, 1995.
4. Gu YJ, Mariani MA, Boonstra PW, Grandjean JG, van Oeveren W. Complement activation in coronary artery bypass grafting patients without cardiopulmonary bypass: the role of tissue injury by surgical incision. Chest. 116(4):892-8, 1999.
5. Anderson RE, Hansson LO, Liska J, Settergren G, Vaage J. The effect of cardiotomy suction on the brain injury marker S100beta after cardiopulmonary bypass. Ann Thorac Surg. 69(3) :847-50, 2000.
6. Reents W, Babin-Ebell J, Misoph MR, Schwarzkopf A, Elert O.Influence of different autotransfusion devices on the quality of salvaged blood. Ann Thorac Surg. 68(1):58-62, 1999.
7. Amand T, Pincemail J, Blaffart F, Larbuisson R, Limet R, Defraigne JO. Levels of inflammatory markers in the blood processed by autotransfusion devices during cardiac surgery associated with cardiopulmonary bypass circuit. Perfusion. 17(2):117-23, 2002.

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