CONDUITE PRATIQUE D’UNE CEC EN URGENCE CHEZ UN PATIENT TRAITÉ PAR DES ANTITHROMBOTIQUES

MA. MAY(1), E. BERGOËND(2), F. KENDJA(2), E. LEMOINE(1), A. SIRINELLI(2), Y. GRUEL(3)

1 Département d’Anesthésie-Réanimation, Pr. FUSCIARDI, CHU Tours
2 Service de Chirurgie Cardiaque, Pr. MARCHAND, CHU Tours
3 Service d’Hématologie - Hémostase, Pr. GRUEL, CHU Tours

Des perturbations de l’hémostase et de la coagulation surviennent fréquemment au cours de la chirurgie cardiaque, notamment avec circulation extra corporelle (CEC), même si l’hémodilution et l’hypothermie sont actuellement mieux contrôlées.
De plus certains patients nécessitent un traitement anti-coagulant pré-opératoire, soit pris au long cours, comme les anti- vitamines K (AVK), soit institué dans le cadre de l’urgence à la suite d’un syndrome coronaire aigu, comme les thrombolytiques et les agents anti-plaquettaires (AAP) dont les antagonistes des récepteurs plaquettaires GP II b IIIa. Ces thérapeutiques sont fréquemment associées les unes aux autres, et aux héparines. Les anomalies de l’hémostase liées à ces traitements anti-thrombotiques conditionnent le risque hémorragique péri-opératoire, qui dépend principalement de la durée d’action de leur effet anticoagulant, du délai avant l’intervention chirurgicale et de la possibilité d’inhiber leurs conséquences hémostatiques.
L’intervention chirurgicale est réalisée dans un contexte d’urgence (transplantation cardiaque, pontages coronaires...)  chez des patients dont l’état clinique est souvent précaire : insuffisances cardiaque, hépatique, rénale et/ou respiratoire, majorant encore les perturbations de l’hémostase. La CEC, si elle est réalisée, doit s’effectuer à priori selon les mêmes impératifs d’anti-coagulation par l’héparine non fractionnée.
De nombreuses thérapeutiques sont utilisées afin de réduire l’important risque hémorragique péri-opératoire. Il s’agit principalement de l’apport de facteurs de coagulation (kaskadil R, fibrinogène, voire PFC), d’antifibrinolytiques (aprotinine ou acide tranexamique), de vitamine K1, de desmopressine et de transfusions de concentrés de globules rouges ou de plaquettes.
La surveillance ou « monitorage biologique » doit être constante et discutée de façon étroite avec les hématologues.
L’ensemble de tous ces moyens permet ainsi le contrôle satisfaisant de l’hémostase chez ces patients.
Nous allons donc passer en revue 3 antithrombotiques fréquemment prescrits en cardiologie : les AVK, les thrombolytiques et les AAP, et tenter de définir une conduite à tenir dans un contexte d’urgence chirurgicale cardiaque.

I - LES AVK
Les patients traités par AVK au long cours représentent environ 1 % de la population française (soit 600 000 personnes). De nombreux actes chirurgicaux sont ainsi réalisés chez ces patients, et notamment en urgence.

Le Préviscan® (fluindione) est le plus prescrit en France (77% des patients) et a une demi-vie d’environ 30 heures avec un retour de la coagulation à la normale en 3 à 4 jours. Les médecins anglo-saxons prescrivent plus volontiers la Coumadine® de demi-vie plus longue.
La durée d’efficacité dépend de la réversibilité d’action des AVK, mais également de la vitesse de renouvellement des facteurs vitamino K-dépendants : de quelques heures pour les protéines C et S (inhibiteurs physiologiques de la coagulation) et le facteur VII (4 à 6 heures) à quelques jours pour les autres facteurs de la coagulation : facteurs IX (20 à 38 heures), X (2 à 3 jours) et II (3 à 4 jours).
Lors de l’introduction d’un traitement par AVK seul, il existe donc un risque thrombotique les premières heures (lié à l’inhibition plus précoce des protéines C et S).
Ces médicaments sont indiqués dans la prévention de la survenue d’accidents thrombotiques artériels ou veineux. Dans la plupart des cas, l’INR (International Normalized Ratio), témoin de leur efficacité, se situe entre 2 et 4.
En France, 17 000 patients sont hospitalisés chaque année pour un problème hémorragique lié aux AVK (soit plus de 3%). Ce risque s’accroît avec la durée du traitement, l’âge du patient, l’existence d’une hypertension artérielle, d’une insuffisance rénale ou hépatique, ou d’une anémie, les antécédents d’accident vasculaire cérébral et l’association à d’autres médicaments antithrombotiques (héparines, aspirine ou autres agents antiplaquettaires...). Ce risque est lié au degré d’hypocoagulation, il devient majeur à partir d’un INR > 5 (ou un TP < 20%).
Certains patients, traités par AVK au long cours, peuvent nécessiter une intervention chirurgicale en urgence et notamment de chirurgie cardiaque. Les patients en attente de transplantation cardiaque sont fréquemment traités par AVK et seront donc opérés en urgence.

Conduite à tenir pour une CEC en urgence :
1 - Arrêt des AVK et autres anticoagulants
2 - Prélèvement sanguin pour un bilan biologique en urgence :
        NFS - plaquettes
        TP - INR (temps de Quick)
        Facteurs de coagulation (II - V - VII et X - fibrinogène...)
        TCA
        Groupe sanguin et RAI
3 - Avant la CEC :

• vit. K1 (le plus tôt possible) : 2mg en I.V. lente, ou 4 gouttes en sub-lingual (effet retardé de 6 heures environ)
• héparine : il est rarement nécessaire d’antagoniser l’héparine par le sulfate de Protamine avant la CEC
la CEC sera réalisée dans les mêmes conditions d’anticoagulation par l’HNF qu’à l’habitude, afin d’obtenir le seuil cible de l’héparinémie, du TCA ou de l’ACT (activating clotting time).

• un traitement antifibrinolytique peut être utilisé pendant la CEC, que ce soit l’aprotinine à forte dose en cas d’AAP associé ou de redux (AMM) ou l’acide tranexamique
• Kaskadil® : il ne semble pas nécessaire de débuter systématiquement le Kaskadil® (PPSB) en début d’intervention ou avant la fin de la CEC.

Le Kaskadil® injecté en I.V. lente, entraîne une correction immédiate du temps de Quick au seuil désiré, en sachant que l’apport de 1U/kg de Kaskadil® augmente le TP de 1,5% (jusqu’au TP cible de 50%) ou diminue l’INR de 0,15 (jusqu’à l’INR cible de 1,5). Cette posologie est exprimée en unités de facteur IX. En général 15 à 20 UI/kg sont nécessaires à la fin de la CEC (soit 1 à 2 flacons de 20ml). La durée d’efficacité du Kaskadil® correspond à celle des différents facteurs administrés (II, VII, IX, X).
4 - En fin d’intervention :

• sulfate de Protamine : l’héparine injectée est antagonisée selon les mêmes conditions habituelles par le sulfate de Protamine.

En cas de saignement, ces traitements peuvent être bien évidemment renouvelés (sulfate de Protamine, vit.K1 ou Kaskadil ), en tenant compte de la dilution de l’hémoglobine et des facteurs de la coagulation dont le fibrinogène, et du degré d’hypothermie dont on connaît les conséquences néfastes sur les facteurs de la coagulation et les plaquettes. Un nouveau prélèvement sanguin pour un bilan hématologique en urgence permet de s’assurer de la normalisation du taux d’hémoglobine (90 à 100 g/dl), du TCA ou de l’ACT, et du temps de Quick .

5 - Traitement antithrombotique : en fonction de l’indication initiale des AVK et si besoin, un traitement antithrombotique sera débuté dans les heures qui suivent l’intervention chirurgicale.

II - LES THROMBOLYTIQUES
Les thrombolytiques sont utilisés dans les syndromes coronaires aigus (phase aiguë de l’infarctus du myocarde et angor instable), dans un contexte d’urgence et sont de plus en plus fréquemment associés à d’autres traitements antithrombotiques, tels que les AAP (aspirine, thiénopyridines et anti-GPIIbIIIa) et les héparines (HNF ou HBPM).
Depuis la streptokinase, qui garde une AMM en phase aiguë, des médicaments plus fibrinospécifiques s’attaquant préférentiellement au plasminogène du thrombus sont apparus comme l’Actilyse® (r-tPA) et plus récemment le Métalyse® (TNK-tPA). Ce dernier est encore plus résistant à l’inhibiteur physiologique de la fibrinolyse (le PAI-1) et a une demi-vie plus longue que l’Actilyse® ne nécessitant donc qu’une administration en bolus unique (demi-vies : Actilyse® 3 à 5 min, Métalyse® environ 20 min, Streptokinase® 30 à 45 min et Eminase® 90 min).
Le respect rigoureux des indications et des contre-indications, et l’adaptation de la posologie en fonction du poids des thrombolytiques (comme pour l’HNF associée) permettent une réduction du risque hémorragique. Les facteurs de risque sont habituels : l’âge > 75 ans, l’hypertension artérielle, le sexe féminin, les antécédents d’accident vasculaire cérébral et l’association à d’autres antithrombotiques. Dans les études ASSENT 2 et 3, le pourcentage moyen des AVC hémorragiques est de 0,9 % et celui des hémorragies majeures de 2,2 %.

Malgré ce traitement, certains patients peuvent cependant nécessiter une intervention de revascularisation coronaire chirurgicale en urgence.
Conduite à tenir pour une CEC en urgence :
1 - Arrêt des thrombolytiques et de l’héparine en cours
Une interruption du traitement thrombolytique pendant un temps égal à 7 fois sa demivie entraîne une disparition quasi- complète de son activité. Il sera donc plus long pour le Métalyse® que pour l’Actilyse®. Cependant leur effet est maximal 4 heures environ après la fin de la thrombolyse, avec une diminution importante du taux de fibrinogène.
La diminution du taux de fibrinogène au dessous de 1g/l est bien corrélée au risque hémorragique, comme le sont également, mais à moindre degré, l’élévation des PDF et l’allongement du TCA ≥ 2,5 fois le témoin.
2 - Prélèvement sanguin pour un bilan biologique en urgence :
        NFS - plaquettes
        TP - INR (temps de Quick)
        TCA - TT et TR (temps de thrombine et de reptilase)
        Dosage du fibrinogène, des PDF, et des facteurs V et VIII (ces derniers sont très sensibles à l’action de la plasmine générée par les fibrinolytiques)
        Groupe sanguin et RAI
3 - Avant la CEC :

• héparine : la CEC doit être réalisée dans les mêmes conditions d’anticoagulation par l’HNF qu’à l’habitude, afin d’obtenir le seuil «cible» d’héparinémie, du TCA ou de l’ACT. Le niveau d’anticoagulation est alors maintenu grâce au monitorage continu pré, per et post-CEC de l’ACT.
• traitement anti-fibrinolytique : à l’exception d’un accident hémorragique grave préopératoire, le traitement anti-fibrinolytique ne sera débuté que juste avant la CEC, afin d’éviter le risque de thrombose coronaire dans ce contexte de syndrome coronaire aigu. Il s’agit de l’aprotinine (administrée à forte dose) ou de l’acide tranexamique.

4 - En fin d’intervention :

• limiter l’hémodilution (hématocrite > 25 %), et parfois corriger une anémie par la transfusion de CGR
• rétablir une normothermie (> 36°C)
• sulfate de protamine : antagoniser l’HNF injectée, selon les mêmes conditions habituelles, par du sulfate de protamine, afin de normaliser l’ACT (< 180 sec) et le TCA (< 1,5 fois le témoin)
• traitement antifibrinolytique : continuer le traitement antifibrinolytique jusqu’à la normalisation du bilan de fibrinolyse et l’arrêt du saignement
• corriger les déficits en facteurs de coagulation :
    - le fibrinogène par un traitement substitutif, le Clottagen® à la dose de 0,5 à 1 g/10 kg.
Ce médicament augmente immédiatement le taux sanguin de fibrinogène d’environ 1 à 2 g/l (demi-vie du fibrinogène = 100 H environ) et est nécessaire si son taux était < 1g/l,
    - les facteurs V et VIII parfois, par l’apport de PFC
• corriger parfois une thrombopénie < 50. 109/l, notamment si le patient était également traité par des agents antiplaquettaires, par la transfusion de concentrés plaquettaires.

5 - La surveillance biologique doit être continuée pendant plus de 24 heures ; la périodicité des bilans dépend principalement de l’état du patient et de la quantité du saignement.
6 - Une chirurgie de revascularisation coronaire peut parfois être réalisée sans CEC, ceci permet de ne pas majorer les anomalies de l’hémostase et de la coagulation liées au traitement antithrombotique.

III - LES AGENTS ANTI PLAQUETTAIRES (AAP)
Nous éliminons d’emblée les médicaments inhibiteurs des fonctions plaquettaires comme l’aspirine, certains AINS et les thiénopyridines (clopidogrel ou Plavix®) qui doivent être continués jusqu’à l’intervention chirurgicale de revascularisation coronaire puisque le bénéfice concernant la perméabilité des greffons (artériels et veineux) est nettement supérieur au risque hémorragique modéré, notamment grâce à l’utilisation de traitements antifibrinolytiques comme l’aprotinine (AMM - et étude IMAGE) ou l’acide tranexamique.
Les antagonistes des récepteurs plaquettaires GPIIbIIIa sont les inhibiteurs vrais de l’agrégation plaquettaire. Ils se fixent de façon compétitive sur ces récepteurs empêchant la fixation de fibrinogène et donc l’agrégation plaquettaire. Trois classes ont fait l’objet d’un développement clinique, avec en particulier un anticorps monoclonal : le Réopro® (ou Abciximab), un peptide cyclique : l’Intégrélin® (ou Eptifibatide) et un peptidomimétique : l’Agrastat® (ou Tirofiban).
Leur efficacité a été particulièrement établie dans les syndromes coronaires aigus (infarctus du myocarde et angor instable) et au cours de l’angioplastie coronaire à haut risque, avec une réduction des évènements thrombotiques responsables de décès, des IDM et des pontages coronariens. Elle est immédiate après leur injection intraveineuse, et leur demi-vie biologique dure jusqu’à 4 à 8 jours pour le Réopro® et 2,5 heures environ pour les deux autres molécules. L’élimination de ces médicaments est rénale.
Le risque de saignement majeur, notamment intra-cérébral, est significativement plus élevé en cas de traitement par ces trois médicaments par rapport à un placebo, et semble particulièrement lié à leur durée d’action et à l’association à d’autres médicaments antithrombotiques comme les héparines, les thrombolytiques, l’aspirine et les thiénopyridines (cf études EPIC - EPILOG - EPISTENT, PRISM + et IMPACT - PURSUIT...).
La clairance pharmacologique est relativement rapide pour l’Intégrélin® et l’Agrastat® et permet une récupération de 75 % des fonctions plaquettaires en 4 heures et totale en 8 heures. Le taux d’occupation des récepteurs plaquettaires GPIIbIIIa par les anticorps monoclonaux chute aux environ de 68 % près de 12 heures après l’arrêt du Réopro® permettant une amélioration sensible de l’agrégation plaquettaire; le temps de saignement se normalise en 12 à 48 heures. Il existe une grande variabilité interindividuelle de la récupération fonctionnelle des plaquettes après l’arrêt du Réopro®. Ces anticorps seraient retrouvés à la surface des plaquettes circulantes pendant plus de deux semaines.
Le nombre de pontages coronaires en urgence est faible : 1,28 % dans les études EPILOG - EPISTENT (soit 44 patients sur 3 443 traités par le Réopro®), et 2,35 % dans l’étude EPIC (soit 33 patients sur 1 403 traités par le Réopro®). Le risque hémorragique per-opératoire reste cependant plus élevé (chirurgie en urgence) que lors d’une intervention chirurgicale réglée (études IMPACT - PURSUIT) et ce d’autant que les patients ont été traités par du Réopro® (étude EPIC).

Surveillance biologique des patients traités par anti-GPIIbIIIa :
Cette surveillance biologique, si elle semble nécessaire, est limitée par de nombreux facteurs :

• la recherche du paramètre le plus pertinent permettant l’évaluation des anti-GPIIbIIIa (taux de récepteurs occupés, retentissement fonctionnel plaquettaire...?)
• des tests biologiques non standardisés (agrégométrie, cytométrie en flux...)
• et une polythérapie antithrombotique à l’origine d’interférences biologiques (héparines, thrombolytiques, autres agents anti-plaquettaires, voire AVK).

1 - La numération plaquettaire est indispensable. Il existe un risque potentiel de thrombopénie ≤ 1 %, de mécanisme mal connu, à l’origine d’un risque hémorragique. Cette thrombopénie est d’importance variable et peut apparaître dès la 2e heure et parfois persister jusqu’au 3e jour après utilisation du Réopro®. Dans les études EPILOG - EPISTENT, on note cependant qu’elle survient chez 1/3 des patients opérés en urgence de PAC, traités ou non par Réopro®, mais qu’elle n’est inférieure à 50.109/l que chez 4,5 % des patients traités par Réopro® et 7,9 % par placébo.  Dans l’étude PRISM +, la thrombopénie semble plus fréquente chez les patients traités par Tirofiban par rapport au placébo, mais sans différence significative sur le risque d’hémorragie majeure. En cas de thrombopénie menaçante, il est nécessaire d’arrêter le produit et de transfuser des concentrés plaquettaires.
2 - Le temps de saignement est peu utilisé, car très limité pour évaluer un traitement par anti-GPIIbIIIa et il n’est pas prédictif du risque hémorragique.
3 - L’ACT (Activating Clotting time) est très utilisé en chirurgie cardiaque, mais semble peu fiable pour l’évaluation du traitement par anti-GPIIbIIIa. Ces derniers sont capables de diminuer la génération de thrombine et la formation de fibrine. Il a ainsi été noté une augmentation de l’ACT après injection d’héparine, plus importante chez les patients traités par Réopro®; il en est de même pour le TCA (temps de céphaline activé).

Conduite à tenir pour une CEC en urgence :
En ce qui concerne l’Intégrélin® et l’Agrastat®, le risque hémorragique est principalement  lié au contexte d’urgence de l’intervention et à l’utilisation simultanée d’autres antithrombotiques dont l’action anticoagulante s’ajoute et peut durer plus longtemps sans possibilité de réversibilité rapide ; il s’agit d’héparine (HBPM), d’aspirine ou parfois de thiénopyridines, et surtout de thrombolytiques. La CAT habituelle des équipes devant une chirurgie cardiaque en urgence est le plus souvent adaptée pour réduire le risque de saignement per et post-opératoire.
Pour le Réopro®, le risque hémorragique n’est pas seulement lié à l’utilisation conjointe d’autres antithrombotiques, mais principalement à la durée de son action anti-agrégeant plaquettaire.

1 - Arrêt des anti-GPIIbIIIa et des autres antithrombotiques.
2 - Prélèvement sanguin pour un bilan biologique en urgence :
        NFS - plaquettes
        TP - INR (temps de Quick)
        TCA
        Facteurs de coagulation (I - II - V - VII et X ...)
        Et parfois bilan plus complet de fibrinolyse
        Groupe sanguin et RAI.
3 - Retarder si possible l’intervention d’au moins 12 heures (après arrêt du Réopro®).
4 - Traitement antifibrinolytique : utilisation systématique d’aprotinine à forte dose pendant l’intervention, ou d’acide tranexamique. Desmopressine : utilisation possible de desmopressine en cas de saignement post CEC.
5 - Transfusion de plaquettes (non prophylactique).
Il existe une recommandation de l’ANAES 1998 : « en cas d’hémorragie menaçante, quel que soit l’AAP en cause, il est nécessaire de transfuser des plaquettes au patient ». Dans toutes les études, randomisées ou non, des transfusions de concentrés plaquettaires ont été souvent nécessaires dans ce contexte de chirurgie en urgence.
Les auteurs préconisent cette transfusion après l’injection de sulfate de protamine, d’autant que dans les études EPILOG - EPISTENT, 48 % des patients opérés en urgence ne recevaient pas de transfusion plaquettaire, (soit 21 patients sur les 44 traités par Réopro®), mais ces derniers étaient opérés dans les 24 heures après l’arrêt du Réopro®.
Le pourcentage de complications hémorragiques augmente de façon significative si l’intervention est réalisée dans les 12 premières heures, ainsi que l’utilisation des concentrés plaquettaires.
A la suite des transfusions plaquettaires, les anticorps monoclonaux atteignent les récepteurs de toutes les plaquettes circulantes du patient, natives et transfusées, mais l’apport de nouvelles plaquettes en quantité permet cependant une augmentation de récepteurs libres et par conséquent peut diminuer le seuil de récepteurs bloqués jusqu’à améliorer suffisamment les fonctions plaquettaires.
6 - Héparine : Injection de la dose habituelle avant la CEC.
Certains auteurs recommandent de titrer la dose d’HNF per CEC en fonction de l’ACT. Lincoff avait montré une corrélation positive entre un ACT élevé (> 500 secondes) et un saignement plus important, notamment chez les patients opérés dans les 12 premières heures, mais sans corrélation avec la dose d’héparine administrée en per-opératoire ! La plupart d’entre eux conseillent donc actuellement d’injecter la dose habituelle d’HNF, ce d’autant qu’aucune étude comparant différentes posologies existe.
Sulfate de protamine : l’antagonisation par le sulfate de protamine se fait également dans les mêmes conditions habituelles.
7 - Hémofiltration ou ultrafiltration per CEC.
Méthode simple mais non validée permettant d’épurer les anticorps.
8 - Tenir compte des FDR hémorragiques associés,

• notamment les conséquences hémostatiques des autres anti-thrombotiques (dans les études EPILOG- PISTENT, 95% et 22% des patients opérés en urgence sont respectivement traités par aspirine et par ticlopidine),
• risque élevé chez la femme, le sujet âgé, diabétique et/ou insuffisant rénal, de faible poids,
• risque hémorragique majoré par la baisse des taux plasmatiques de l’hémoglobine, des facteurs de coagulation dont le fibrinogène, et par l’hypothermie.

9 - Une chirurgie de revascularisation coronaire peut parfois être réalisée sans CEC, ceci permet de ne pas majorer les anomalies de l’hémostase et de la coagulation liées au traitement antithrombotique.
D’autres antithrombotiques sont utilisés également, mais moins fréquemment et dans un contexte particulier, notamment de thrombopénie induite par l’héparine. Des traitements particuliers, comme les hirudines et l’Orgaran® nécessitent un traitement spécifique qui n’est pas détaillé dans cet exposé.


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