AVIS DU CHIRURGIEN CIRCULATION EXTRACORPORELLE : QUELLE INFORMATION AU PATIENT?

P. CORBI

Département médico-chirurgical de Cardiologie, CHU Poitiers

La chirurgie cardiaque doit son essor à la circulation extra corporelle. Au regard des dispositions actuelles, notamment la loi de 2002, il faut s’interroger sur l’information à donner au malade quant à cette technique annexe à la chirurgie cardiaque.

De prime abord tout doit pouvoir être communiqué au patient sur la façon dont il sera traité, mais le médecin doit par obligation déontologique prendre garde à plusieurs éléments afin d’exposer au patient les solutions thérapeutiques et d’obtenir son consentement.

• Etre certain qu’il dira la vérité au patient et donc s’assurer qu’il existe des certitudes sur les effets secondaires de la CEC, pouvant être dissociées sans ambiguïté de l’acte chirurgical dans sa globalité.

• Ne pas submerger le patient dans une abondance d’informations qui pourraient nuire à son libre choix quand à son traitement au regard du risque de sa maladie.

• S’assurer que cette information sera pertinente en terme de choix et de consentement pour le patient, c’est à dire qu’une fois informé sur la CEC il pourra la refuser sans pour autant refuser l’acte thérapeutique. En pratique la situation est différente suivant la pathologie traitée et l’intervention proposée.

En pathologie coronarienne, le choix avec ou sans CEC pourrait être théoriquement soumis au patient. Dans l’état actuel des connaissances il paraît insensé de prêter au patient un avis dans le choix du procédé de revascularisation. En pratique, le nombre des intervenants successifs dans le traitement de la maladie entraîne une abondance d’informations telle que la place de l’information préopératoire est réduite. La plupart du temps l’essentiel de l’entretien peut tout juste permettre de situer la place de la revascularisation chirurgicale dans l’histoire de cette maladie aussi bien en terme de risque que de bénéfices évolutifs.

En pathologie valvulaire, c’est l’information relative à la prothèse et à sa surveillance ou les différentes possibilités de réparation qui prime et la discussion sur la CEC semble avoir peu d’intérêt, sinon descriptif.

Peut-être est-ce en matière de pathologie aortique que la CEC intervient le plus dans la stratégie opératoire pour des traitements lourds et toutefois uniquement préventifs, donc pour lesquels l’information doit être plus particulièrement complète.

Informer sur la CEC entraîne plus d’interrogations que d’éléments de réflexion pour le malade et même pour les médecins. En réalité c’est l’absence d’objectif thérapeutique dissociable de l’acte chirurgical lui-même qui doit rendre prudent en ce domaine.