EMBOLIE GAZEUSE MASSIVE ASSOCIÉE A UNE LÉSION BRONCHO-PULMONAIRE

F. ALEXANDRE, J.M. GRINDA, A. DELOCHE
Département de Chirurgie Cardio-vasculaire
Hôpital Européen Georges Pompidou - Paris


Nous rapportons le cas d’une embolie aérienne massive au décours d’un remplacement valvulaire mitral pentadux associé à la mise à plat d’un abcès pulmonaire chez un patient de 62 ans, faisant suspecter une fistule veino-bronchique.

INTRODUCTION
L’embolie gazeuse est une complication rare mais grave de la chirurgie cardiaque [l]. Son origine quand elle n’est pas due à un accident de CEC est le plus souvent due à une purge insuffisante des cavités cardiaques et du lit vasculaire pulmonaire. Dans de rares cas, des embolies gazeuses per CEC sur lésion broncho-pulmonaire préexistante ont été rapportées [3,5]. Nous rapportons ici une observation supplémentaire qui s’intègre à ce cadre.

NOTRE OBSERVATION : CAS CLINIQUE
Il s’agit d’un homme de 63 ans hospitalisé pour un nouvel épisode de désinsertion de sa valve mitrale, associé à un syndrome fébrile à 3 mois d’une quatrième reprise mitrale.
On instaure un traitement antibiotique par AugmentinTM puis OflocetTM avec retour à l’apyrexie et disparition du syndrome inflammatoire. Toutes les sérologies ainsi que les hémocultures seront négatives. A noter sur les radiographies pulmonaires une image bulleuse hydroaérique de la base lobaire droite connue depuis de nombreuses années.  L’indication d’un nouveau remplacement valvulaire mitrale est posée. Lors de l’intervention sous CEC la valve mitrale présente des lésions d’endocardite. Lors de la reprise de la ventilation, on constate la rupture d’un abcès pulmonaire en regard du lobe moyen droit avec inondation du champ opératoire. Il s’agit d’un liquide verdâtre d’odeur nauséabonde. Un prélèvement bactériologique est effectué ; il sera négatif en milieu aérobie.
Lors de la première tentative d’arrêt de la CEC une grande quantité d’air apparaît au niveau de la canule artérielle. Le tracé de l’électroencéphalogramme se ralentit puis se normalise après la purge de la canule artérielle et la reprise de la CEC. Après une période d’assistance de 30 minutes, une nouvelle tentative de sevrage de la CEC est infructueuse, par inefficacité myocardique, ne répondant pas aux agents inotropes. Ce tableau fait évoquer une embolie gazeuse du lit artériel coronaire. On décide de reprendre une assistance longue sur 3 heures. Pendant ce temps la zone pulmonaire est calfeutrée et recouverte d’un patch péricardique. L’arrêt de cette assistance longue se fait sans complications sous couvert d’un support inotrope significatif et de la mise en place d’un ballon de contre pulsion intra-aortique. Le patient séjourne 12 jours en réanimation. L’évolution postopératoire immédiate est marquée par une insuffisance cardiaque gauche et une HTAP. L’évolution est favorable.

Le ballon est retiré à J3, la ventilation sevrée à J6 et les agents inotropes sont tous sevrés définitivement à J11. Sur le plan neurologique, le patient a présenté lors de son passage en réanimation une désorientation, avec phase d’agressivité au 8ème jour rétrocédant sous EquanilTM et neuroleptiques à faibles doses. Lors de la sortie du patient de la réanimation, la radio de thorax est superposable au cliché préopératoire. Les prélèvements bactériologiques et les sérologies restent négatifs.

DISCUSSION
Une des premières études sur les embolies gazeuses massives a été réalisée par von Allen en 1929 chez le chien. Après création d’embolies gazeuses dans les veines pulmonaires, il a pu montrer que lors de la position couchée le gaz se dirigeait préférentiellement vers les artères coronaires et lors de la position verticale plutôt vers la circulation cérébrale. Les embolies gazeuses liées à une pathologie broncho-pulmonaire en dehors du contexte de la chirurgie cardiaque sont bien documentées. Elles font appel à une lésion directe de l’arbre vasculaire pulmonaire [4] ; le passage d’air dans la grande circulation peut-être favorisé par l’existence de shunt à l’étage cardiaque [2]. Les observations d’embolies gazeuses per C.E.C. en rapport avec des lésions broncho-pulmonaires chroniques sont exceptionnelles, ce qui justifie la présentation de notre cas. Elles sont secondaires à une blessure iatrogène chirurgicale [3,5]. Le caractère chronique des lésions bronchopulmonaires modifie les rapports entre le massif cardiaque et les veines pulmonaires augmentant la possibilité de les léser accidentellement en per-opératoire. Dans notre observation nous n’avons pas eu recours à l’E.T.O. per-opératoire [6]. Dans un des cas précédemment rapportés [5], l’E.T.O. per-opératoire a été déterminante dans la compréhension de la physiopathologie de la complication aiguë et sa correction.


BIBLIOGRAPHIE
1. G. S.Kakos, MD - Complications of Thoracic Surgery. Avoidance and recognition. in Surgical Clinics of North America- Vol. 63, n°6, December1983.
2. Simes D, Gilbert J.Massive air embolism with pulmonary arterio-bronchial fistula and ventricular septal defect.Anaesth Intensive Care. 1997; 25: 420-2
3. Becker RM, Gabbay S, Frater RW.Pulmonary venous-bronchial fistula following left atrial pressure line insertion : iatrogenic cause of air embolism following cardiac surgery. Chest, 1982 ; 81(3): 378-80.
4. Dullye KK, Kaspar MD, Ramsay MA, Giesecke AH.Laser treatment of endobronchial lesions. Anesthesiology, 1997; 86: 1387-90
5. Baker RC, Graham AN, Phillips AS, Campalani G.An unusual iatrogenic cause of right coronary air embolism. Ann Thorac Surg, 1999 ; 68 (2) : 575-6
6. Tingleff J, Joyce FS, Pettersson G.Intraoperative echocardiographic study of air embolism during cardiac operations. Ann Thorac Surg, 1995 ; 60 (3) : 673-7

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