ÉVALUATION IMMÉDIATE DU CONGRÈS DU CFP, INTÉRÊT ET LIMITES

JM. CHARRIÈRE(1), AF. HALLIER LE GUEN(2)
1 - Département d’Anesthésie-Réanimation
2 - Service de chirurgie cardio-thoracique - CHU La Milétrie 86021 Poitiers

INTRODUCTION
L’évaluation immédiate tend à se généraliser lors des congrès médicaux. Elle a trois objectifs
• Pour les orateurs, elle doit permettre d’évaluer la qualité de leur intervention et l’intérêt qui y a été porté.
• Pour le comité d’organisation, elle permet d’évaluer l’adaptation de l’action de formation aux besoins de l’assistance ainsi que la qualité des prestations fournies.
• Pour les organismes d’accréditation, elle fait partie des critères lui permettant de juger de la qualité d’une action de formation.
La mise en œuvre de ces évaluations pose plusieurs problèmes pratiques et théoriques. Dans le cadre du congrès du CFP 2002 nous avons analysé les fiches d’évaluation immédiate remplies par les participants. Le but de cette présentation est de dégager les conclusions qui peuvent être tirées de ce type d’analyse ainsi que les problèmes d’interprétation soulevés.

MATÉRIEL ET MÉTHODES
Les participants au congrès du CFP 2002 étaient invités à remplir une fiche d’évaluation immédiate à l’issue de chacune des 9 sessions proposées. Quatre de ces sessions se déroulaient dans une salle pouvant accueillir 300 personnes et les 5 autres se déroulaient simultanément dans une salle pouvant accueillir 150 personnes. Chaque intervention était évaluée individuellement avec une appréciation globale pour l’ensemble de la session. Chaque fiche d’évaluation comportait des renseignements concernant la profession de l’auditeur (médecin, infirmier, autre) ainsi que des appréciations notées de 1 à 6 portant sur la connaissance du sujet, sur la qualité de la présentation, son niveau d’intérêt ainsi que sur l’acquisition ou non d’éléments nouveaux pour la pratique et leur niveau d’intérêt. Une évaluation sur l’organisation de l’ensemble de chaque session était également associée. Les comparaisons entre les valeurs moyennes des appréciations ont été réalisées par un test t de Student, les liaisons entre les variables qualitatives à l’aide d’un test du Chi 2, une corrélation a été recherchée entre les différentes appréciations de chaque intervention.

RÉSULTATS
502 fiches d’évaluation ont été récupérées, soit une moyenne de 56 fiches par session (max 91, mini 33). Pour la grande salle 274 fiches (moyenne par session 69, max 91, mini 51) ont été récupérées et 228 fiches (moyenne par session 46, max 71, mini 33) pour la petite salle. L’ensemble de ces fiches permet de totaliser 1 767 évaluations d’intervention.

39 % des fiches ont été remplies par des médecins, 53 % par des infirmiers de perfusion et 8 % par des professionnels « autres » (laboratoires essentiellement).
La répartition entre médecins et infirmiers de perfusion dans les différentes séances a été homogène, excepté pour une séance consacrée à l’hémostase en CEC qui a eu une participation de médecins significativement plus importante (médecins 55 %, infirmiers 37 %, p > 0,05).
La note moyenne de l’ensemble des évaluations concernant la connaissance du sujet traité était de 3,38 (écart type 0,54), concernant la qualité des présentations elle était de 4,60 (écart type 0,42), concernant leur niveau d’intérêt elle était de 4,67 (ma écart type 0,46). Globalement 68 % de l’assistance en moyenne (maxi 91 %, mini 33 %) avait acquis des éléments nouveaux pour la pratique et le niveau moyen de ces éléments nouveaux était coté à 4,29 (écart type 0,32).
Si l’on compare les évaluations complétées par les médecins et celles remplies par les infirmiers de perfusion (entre 1 551 et 1 568 évaluations selon les questions), on constate une différence significative (p < 0,01) concernant la connaissance des sujets traités (3,51 pour les médecins et 3,16 pour les infirmiers) et l’acquisition d’éléments nouveaux pour la pratique (74 % des médecins contre 66 % des infirmiers, p > 0,05). Il n’y a par contre pas de différence concernant l’appréciation de la qualité des présentations (4,54 pour les médecins, 4,60 pour les infirmiers), le niveau d’intérêt des sujets (4,72 pour les médecins, 4,60 pour les infirmiers), l’importance des éléments nouveaux acquis pour la pratique (4,31 pour les médecins, 4,37 pour les infirmiers) ainsi que l’évaluation globale de l’organisation (4,93 pour les médecins, 4,82 pour les infirmiers).
Sur l’analyse de l’ensemble des séances, la note portant sur la qualité de la présentation est faiblement corrélée (r = 0,43, p < 0,05, figure 1) avec le pourcentage de personnes ayant recueilli des éléments nouveaux pour leur pratique, et fortement corrélée avec le niveau d’intérêt du sujet (r = 0,83, p < 0,01, figure 2). Aucune corrélation n’est retrouvée entre les différentes autres notes.

DISCUSSION
Différents commentaires peuvent être faits concernant ces résultats.
• La plus forte présence de médecin dans une séance consacrée à l’hémostase pose le problème de l’équilibre d’un programme se déroulant sur deux salles. En parallèle se déroulait une autre séance consacrée à l’information au patient susceptible de concerner plus spécifiquement les médecins (73 % et 89 % d’entre eux ont acquis des éléments nouveaux pour la pratique pour les 2 interventions évaluées) que les infirmiers (respectivement 65 % et 55 % d’acquisition d’éléments nouveaux). Il aurait donc été préférable de programmer en parallèle une autre séance plus attractive pour les infirmiers.
• Excepté ce problème de programmation, l’association médecins infirmiers au sein d’un  même congrès ne pose pas de problèmes particuliers puisque les appréciations portées par ces deux groupes professionnels ne diffèrent pas quant à la qualité des présentations et le niveau d’intérêt des sujets. La différence concernant la connaissance des sujets traités est attendue et compréhensible. La différence concernant l’acquisition d’éléments nouveaux pour la pratique peut s’expliquer par la fonction de décision plus importante dévolue au médecin.
• La corrélation forte entre les notes portant sur la qualité de la présentation et le niveau d’intérêt du sujet pose le problème de la formulation des questionnaires. Il est possible qu’il y ait eu une confusion entre qualité et intérêt des présentations. La formulation spécifiant que la question porte sur la qualité des moyens pédagogiques comme dans le questionnaire proposé par le Collège français d’anesthésie réanimation semble mieux adaptée [1]
• On aurait pu s’attendre à retrouver une corrélation inverse entre connaissance du sujet et acquisition d’éléments nouveaux pour la pratique. Cette corrélation n’est pas retrouvée car trois interventions n’ont pas entraîné l’acquisition d’éléments nouveaux pour une forte proportion de l’assistance bien que la connaissance du sujet traité soit médiocre. Si l’on retire ces trois communications une corrélation significative apparaît et l’on peut penser que ces trois communications ne s’imposaient pas. La même réflexion pourrait s’appliquer aux 2 communications pour lesquelles la connaissance du sujet est la plus importante et l’acquisition d’éléments nouveaux pour la pratique est faible. Il est cependant paradoxal de constater qu’une de ces deux communications n’a permis qu’à 33 % de l’assistance d’acquérir des éléments nouveaux pour leur pratique (le plus mauvais score) mais qu’elle possède le meilleur score concernant le niveau d’intérêt (5,20).
Une telle évaluation immédiate comporte plusieurs limites qu’il convient de souligner :
• Limite liée à l’exhaustivité du recueil des questionnaires, d’autant que la proportion de l’assistance n’ayant pas rempli le questionnaire ne peut être évaluée dans ce type de manifestation.
• Limites liées à l’association de présentations de différents types (communications libres, séances à thème, débat contradictoire, actualités, débat interactif) au sein du congrès. L’utilisation de questionnaires adaptés à chaque type de séance est possible mais cela empêche la comparaison des réponses entre les différentes séances ce qui rend leur interprétation difficile. A l’inverse un questionnaire « standard » pour toutes les séances peut ne pas être adapté aux particularités de chaque communication.
• Limites liées à la fiabilité des réponses comme cela a été signalé à l’occasion d’une session de formation, la communication d’un orateur absent a bénéficié d’une excellente appréciation [2]. Une limite de ce type, pouvant être liée à la formulation du questionnaire, apparaît dans la corrélation retrouvée entre qualité de présentation et niveau d’intérêt du sujet.
• Limites liées à l’absence d’échelle de référence pour juger de la qualité d’une action de formation. L’appréciation de chaque intervention ne peut se faire qu’en comparaison avec les autres interventions de la même séance de formation. Leur signification en valeur absolue ne peut avoir de sens que par rapport à des échelles de référence qui actuellement n’existent pas. Leur création ne peut passer que par une uniformisation de la méthodologie et une mise en commun des résultats. Il serait alors possible de définir des niveaux moyens de réponses permettant un étalonnage des résultats.

CONCLUSION
Une action de formation efficace est théoriquement celle qui se traduit par un bénéfice clinique pour les patients. Une telle relation est impossible à mettre en évidence en pratique. Une enquête réalisée à distance de l’action de formation cherchant à mettre en évidence des modifications de la pratique des participants se rapproche de cet objectif. Malheureusement ce type d’enquête est délicat à mettre en œuvre et bénéficie d’un faible taux de retour. Une enquête réalisée au décours des conférences est plus aisée à réaliser mais se heurte aux limites évoquées ci-dessus. De plus l’évaluation de la qualité d’une action de formation ne doit pas se limiter à la seule appréciation de l’assistance, ce qui pourrait aboutir à des attitudes démagogiques. Ce type d’enquête est cependant un requis minimal pour évaluer une action de formation. Son exploitation optimale passe cependant par une uniformisation des pratiques de questionnaire et une mise en commun des résultats des évaluations des différentes actions de formation.

RÉFÉRENCES
1. Fiche d’évaluation immédiate du CFAR. Collège Français des Anesthésistes Réanimateurs ; http://www.cfar.org.
2. Christian TF, Bonow RO. Evaluating CME speakers. N Engl J Med 1998; 338(16):1163.

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