LA PLACE LIMITÉE DU SYSTÈME DES « BIOVIGILANCES » DANS LA GESTION DU RISQUE EN C.E.C.

P. Rougé,
Services de Chirurgie Cardiaque, CHU Rangueil - 31059 Toulouse

1. LES VIGILANCES SANITAIRES EN SANTÉ PUBLIQUE.
L’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) est un établissement public de l’Etat, placé sous la tutelle du ministre chargé de la santé. Elle a été créée par la loi du 1er juillet 1998 relative au renforcement de la veille sanitaire et du contrôle de la sécurité sanitaire des produits de santé destinés à l’homme. L’Afssaps s’est substituée à l’Agence du médicament en mars 1999.
Autorité sanitaire déléguée, elle est chargée d’assurer la protection de la santé publique pour l’ensemble des produits de santé destinés à l’homme :
- les médicaments,
- les dispositifs médicaux (dont les réactifs de laboratoire),
- les produits sanguins labiles,
- les organes, tissus, cellules et produits d’origine humaine ou animale,
- les produits de thérapie génique et cellulaire,
- enfin, les produits cosmétiques.
L’Afssaps exerce trois métiers principaux : l’évaluation, le contrôle et l’inspection. La mission prioritaire de l’Afssaps est la sécurité sanitaire. La fonction de vigilance sanitaire est basée sur le recueil et l’évaluation des informations sur les effets indésirables ou inattendus liés à l’utilisation des produits de santé destinés à l’homme. Elle est logiquement couplée à une fonction d’alerte sanitaire en cas de risque pour la santé publique.
L’Afssaps dispose d’un pouvoir de police sanitaire lui permettant de prendre, au nom de l’Etat, des décisions de retrait ou de suspension des produits dangereux. La prise de décision repose sur deux principes essentiels : la contradiction et la transparence. Les décisions de l’Afssaps reposent sur des avis fondés et motivés élaborés en concertation à l’appui d’un réseau d’expertise interne et externe.
Un des volets de la sécurité sanitaire consiste en l’organisation par l’Afssaps, de rappels de produits ou de lots de produits en coordination avec les différentes activités de vigilances et dans le cadre d’une diffusion efficace de l’information. Lorsqu’un produit de santé destiné à l’homme est jugé défectueux, l’Afssaps demande à l’industriel qui le commercialise d’en assurer le retrait en tout lieu où il se trouve. Dans ce cadre, l’industriel concerné prépare un message d’alerte diffusé après validation par l’Afssaps qui est elle-même chargée d’informer l’ensemble des services administratifs potentiellement concernés. En parallèle, l’information des établissements détenteurs de stocks des produits rappelés est assurée par le responsable de la mise sur le marché.

La majorité des alertes diffusées par l’Afssaps consiste en des retraits ou des suspensions de lots de médicaments ou de réactifs de diagnostic in vitro. D’autres catégories de produits sont également concernées : produits thérapeutiques annexes, combinaisons de dispositifs médicaux utilisés dans le cadre de la transfusion sanguine, ensemble dispositifs médicaux / médicaments (en particulier les « stylos » à insuline). Les retraits de lots sont le plus souvent liés à un problème de fabrication.
Il faut rappeler que l’Afssaps a engagé depuis trois ans, des efforts significatifs dans la mise en œuvre d’actions d’informations pour rendre compte de ses activités et des décisions prises. Ceci est accessible par le biais de l’Internet avec mise en disposition en ligne d’un volume de plus en plus important de données. Les informations sur les alertes sanitaires, le répertoire des génériques, l’ensemble des données et des recommandations sont directement accessibles sur le site : www.afssaps.sante.fr. Deux fonctions offertes par ce site sont à rappeler. D’une part, il est possible de s’inscrire gratuitement à une liste de diffusion. Après inscription, l’abonné reçoit directement sur sa boite aux lettres électronique, pour chaque information mise en ligne, un message indiquant le titre du document ainsi qu’un lien hypertexte vers ce dernier. D’autre part le site comporte un moteur de recherche performant qui aide à accéder à des informations précises. Il existe également sur le WEB, des bases de connaissance sur les dispositifs médicaux et les vigilances sanitaires. A titre d’exemple, la base « HOSMAT », développée par des pharmaciens hospitaliers est particulièrement pertinente : www.hosmat.com

2. DANS L’ENVIRONNEMENT DE LA C.E.C.
Nous sommes essentiellement concernés par trois vigilances sanitaires. La matériovigilance avant tout, mais aussi l’hémovigilance et la pharmacovigilance.
La communauté des praticiens de la C.E.C est déjà sensibilisée à cette thématique.
2.1. La matériovigilance a fait l’objet d’une séance aux 6es Journées du CFP à Strasbourg en 2001 [1, 2]. Il paraît opportun de rappeler 2 points essentiels qui ont été largement développés au cours de cette séance :
- la déclaration des incidents et accidents doit être exhaustive : la déclaration est une obligation légale.
- tous les dispositifs médicaux mis en cause lors d’une déclaration de matériovigilance sont susceptibles d’être soumis à une expertise. Il importe en particulier pour les oxygénateurs de prendre les mesures préservant techniquement l’analyse ultérieure de ce dispositif. La seule chose à ne pas faire est de conserver l’oxygénateur plein de sang, dans un sac ou un évier en attendant son acheminement vers la structure d’expertise. Il importe de prévenir l’industriel-commercial : il indiquera certaines conditions spécifiques à son produit, tant d’ordre technique, solutions et durée de lavage et rinçage, conditions de séchage, précautions de décontamination, conservation des supports et autres accessoires utilisés, que d’ordre administratif avec les conditions de retour. Dans l’attente ou en l’absence de renseignements précis, il est souhaitable que le praticien qui a constaté le défaut, et en accord avec le responsable local de matériovigilance, rince abondamment et à grande eau chaque module de l’oxygénateur ainsi que les annexes. L’ensemble est ensuite positionné de façon à s’égoutter et est mis à sécher ainsi. Cette procédure a l’agrément de chacun des responsables produits « oxygénateurs » des firmes industrielles présentes sur le marché en France [2].
2.2. Au niveau du site WEB du Collège [www.cfperf.com] les alertes de sécurité sanitaire particulièrement susceptibles d’intéresser les praticiens perfusionnistes sont systématiquement signalées. La possibilité de s’abonner gratuitement à une liste de diffusion existe également au niveau de notre site. Elle permet d’avoir un retour ciblé d’informations pertinentes pour la C.E.C. et son environnement en sécurité sanitaire. En synthèse, on peut considérer à l’heure actuelle que le retour d’information des vigilances sanitaires est une réalité. A mon sens, on ne doit pas se contenter d’attendre passivement ces retours, mais il faut savoir aller « les chercher ». Un reproche « fort » peut cependant être formulé. Les déclarations qui ne sont pas directement en rapport avec la matériovigilance ne seront pas toujours exploitées et signalées. Elles sont souvent en rapport avec un défaut humain dans l’utilisation du matériel en cause qu’il serait pourtant intéressant d’analyser.

3. SURVEILLANCES SANITAIRES ET GESTION DU RISQUE EN C.E.C.
Les surveillances sanitaires sont un des éléments indispensables mais non suffisants de la gestion des risques en C.E.C. Les études de veille épidémiologique à grande échelle des incidents et accidents pendant la C.E.C. de ces 10 dernières années [3-6] ont bien souligné que la majorité des situations critiques en C.E.C. ne sont pas dues à des défauts de matériel, mais bien à des erreurs d’organisation et/ou des erreurs humaines. Ceci est d’ailleurs vrai pour toutes les activités de soins. C’est certainement la raison principale pour laquelle les dispositifs de vigilances sanitaires ne couvrent que 5% de la sinistralité enregistrée par le principal assureur hospitalier en France : la Société Hospitalière d’Assurance Mutuelles [www.sham.fr]
Ainsi, le risque en C.E.C. résulte certes de facteurs techniques mais aussi et surtout de facteurs liés aux patients, à l’organisation ainsi qu’aux facteurs humains individuels et collectifs. Appréhender la part de cet environnement dans la survenue des accidents est un enjeu essentiel à une démarche de prévention et d’amélioration de la sécurité. Ceci nécessite la compréhension de l’enchaînement souvent complexe des événements conduisant à l’accident. D’autres professions ont conduit cette démarche avec succès, notamment dans l’industrie et l’aéronautique. Dans le domaine médical, des outils d’analyse sont validés à ce jour [7]. Nos collègues anesthésistes, par le biais de la SFAR développent cette méthode d’analyse du risque et de la prévention [8]. Ces démarches vont être exposées par les conférenciers de cette séance. Nous souhaitons initier une
réflexion de ce type au sein du Collège.

BIBLIOGRAPHIE.
1. N. Darsaut. Matériovigilance. Dispositions et criticité. in Actes des 6es Journées du CFP - Strasbourg, 2001 : pp83.
2. B. Touchot, G. Du Bois Baudry, N. Darsaut, F. Laborde, E. Baudet, D. Duveau. Matériovigilance et circulation extracorporelle. in Actes des 6es Journées du CFP - Strasbourg, 2001 : pp85-90.
3. G. Silvay, T. Ammar, D.L. Reich et al. Cardiopulmonary bypass for adult patients : A survey of equipment and techniques. J Cardiothorac Vasc Anesth, 1995; 9: 420-424
4. D. Palanzo. Perfusion safety: past, present and future. J Cardiothorac Vasc Anesth, 1997; 11: 383-390.
5. O.F. Jenkins, R. Morris, J.M. Simpson. Australasian perfusion incident survey. Perfusion, 1997; 12: 279-288
6. B.L. Mejak, A.H. Stammers, E. Rauch, T. Viessman. A retrospective study on perfusion accidents and safety devices. Perfusion, 2000; 15: 51-61
7. C. Vincent, S. Taylor-Adams, J Chapam et al. How to investigate and analyse clinical incidents: clinical risk unit and association of ligitation and risk management protocol. BMJ, 2000; 320: 777-81
8. G.Bazin, A. Lienhart. Introduction à une analyse systémique des accidents d’anesthésie. Ann Fr Anesth Réanim, 2002 ; 21 : 455.

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