RETOUR VEINEUX NON ASSISTÉ ET PROBLÈMES MÉCANIQUES CHEZ L’ADULTE. LE POINT DE VUE DU PERFUSIONNISTE   

G. SAUDEZ
Services de Chirurgie Cardiaque - CHU Rangueil - 31059 Toulouse cedex         
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Le retour veineux est le déterminant principal du débit de pompe. Sa surveillance permanente et son maintien font partie des missions prioritaires du praticien qui conduit la C.E.C.

LES FACTEURS DU RETOUR VEINEUX NON ASSISTÉ, ASSURÉ PAR GRAVITÉ SIMPLE SONT AU NOMBRE DE TROIS.
Ils sont bien connus des perfusionnistes :
- la pression hydrostatique moyenne dans les grosses veines thoraciques, assure l’écoulement du sang de l’opéré vers l’oreillette droite. Cette pression hydrostatique moyenne est la résultante de l’interaction entre la capacitance veineuse et le volume sanguin du patient. Ici interviennent des facteurs préopératoires : traitements au long cours des patients et pathologie en cause. Les facteurs peropératoires sont essentiellement sous la dépendance de l’anesthésiste : protocole d’anesthésie et importance de l’expansion volémique avant le départ en C.E.C.
- le diamètre de(s) la canule(s) veineuse(s) interposée(s) entre le circuit de C.E.C. et le système veineux du patient. Le débit dans les canules veineuses se fait par gravité. Plus la baisse de pression est grande plus les résistances sont élevées. Par conséquent, plus la pression est basse, mieux le sang circule. La baisse de pression est inversement proportionnelle à la taille de la canule ; moins la résistance est élevée et meilleur est le débit. Techniquement la conception de la canule doit optimiser le drainage et le retour veineux en créant le moins de résistance possible (trous latéraux, œilleton central).
Le choix des canules résulte toujours d’un échange entre le chirurgien et le perfusionniste. Le choix initial est réalisé par le perfusionniste. Il adapte de façon optimale à l’aide d’abaques, la taille des canules aux paramètres du patient (poids, taille, surface corporelle, débits théoriques souhaités). Il est de bonne règle clinique de toujours vérifier l’absence de vice de fabrication au niveau du matériel utilisé.
- la hauteur de la colonne de sang entre le point de drainage chez le patient et le réservoir veineux du circuit.

LES PROBLÈMES MÉCANIQUES SUSCEPTIBLES DE VENIR INTERFÉRER AVEC LA CONDUITE DE LA C.E.C. SONT AU NOMBRE DE CINQ.
Les difficultés du positionnement initial des canules.
Dans notre expérience, par ordre croissant de fréquence, nous rencontrons des difficultés avec :
- la canulation atrio-cave. Il existe un risque de canulation sélective d’une veine sus-hépatique.
- la double canulation veines caves supérieure et inférieure. Elle est accompagnée le plus souvent de la mise en place de 2 lacs passés autour des veines caves réalisant ainsi une exclusion complète du retour veineux au coeur. Les problèmes lors de la mise en place sont dus soit à une canulation sélective d’une veine sus-hépatique pour la canule cave inférieure, soit à des variations anatomiques au niveau de la veine azygos et du tronc veineux innominé pour la canule cave supérieure. L’existence d’une veine cave gauche est exceptionnelle chez l’adulte (0,3%). A titre anecdotique, on a décrit des déplacements de cathéters veineux centraux ou artériels pulmonaires, lors de la mise en place de canule cave supérieure. Cet événement n’a pas d’incidence sur la conduite proprement dite de la C.E.C., mais peut venir gêner le monitorage du patient lors de la phase de sevrage de la C.E.C.
- Les canulations veineuses extra thoraciques. En règle après abord des veines fémorales ou iliaques. La clé du succès du drainage veineux par cette voie réside en l’utilisation de canules de diamètre suffisant dont l’extrémité doit être positionnée dans l’oreillette droite. Le déplacement secondaire de la ou des canule(s) veineuse(s) en cours d’intervention. Elles semblent être plus fréquentes avec les canulations atrio-caves notamment lorsque le coeur est luxé vers le haut. Toute chute brutale du drainage veineux (diminution du volume du réservoir veineux) contemporaine d’une manœuvre chirurgicale doit être immédiatement signalée à l’équipe chirurgicale.
La plicature de la ligne veineuse sous les champs opératoires.
Il est de bonne pratique clinique de disposer soigneusement la ou les canule(s) veineuse(s) sur le champ opératoire de telle manière qu’elle(s) ne soi(en)t pas coudée(s) et qu’elle(s) reste(nt) visible(s).
La prise d’air au niveau des cavités droites.
Elle peut entraîner un désamorçage de la ligne veineuse avec interruption du retour veineux.
Le diagnostic est facile. La conduite à tenir est univoque ; le perfusionniste clampe la ligne veineuse, pompe arrêtée pour permettre au chirurgien après déconnection de la ligne d’en chasser l’air en la réamorçant avec du sérum physiologique.
La diminution du volume sanguin circulant par constitution d’un «troisième secteur».
Dans notre expérience, le problème de ce type le plus fréquent est représenté l’accumulation de sang en cours de C.E.C. au niveau d’une séreuse. Il s’agit en règle d’une plèvre. Il faut savoir l’évoquer devant une diminution progressive mais significative du volume du réservoir veineux survenant en dehors de toute manœuvre de luxation cardiaque ou de toute modification de la profondeur de l’anesthésie. C’est un problème facile à régler en théorie, mais il exige une attention particulière du chirurgien qui doit rester à l’écoute du perfusionniste quand celui-ci lui signale cette possibilité.
La gêne au retour veineux en relation avec une mauvaise décharge gauche est rapidement diagnostiquée et corrigée par le chirurgien. En effet, la distension des cavités cardiaques est vite évidente.
L’existence d’une hémorragie « occulte» car masquée par les champs est beaucoup plus rare.
A titre anecdotique, une complication gravissime par perforation de l’artère pulmonaire et constitution d’un troisième secteur par un volumineux hématome intra parenchymateux a été décrite lors de la migration vers la périphérie du poumon de l’extrémité distale d’un cathéter de swan-ganz. Ce déplacement intervient lors de la phase d’exclusion pulmonaire. Le caractère vulnérant du cathéter est favorisé par l’hypothermie systémique qui renforce sa rigidité. De cette possibilité découlent des règles de bonne pratique clinique, connues des anesthésistes : retrait de 3 à 5 cm du cathéter de swan-ganz avant le départ en C.E.C., ne jamais laisser gonflé un ballon de PAPO.

EN CONCLUSION
La gêne mécanique au retour veineux en C.E.C. est un problème fréquent. Il est fondamental de ne pas le négliger. Les conséquences sont nombreuses et délétères. La compensation de volume séquestré peut se faire par une expansion volémique per C.E.C., mais au prix d’une majoration significative de l’hémodilution. Les gênes mécaniques à l’écoulement du sang par simple gravité s’accompagnent d’augmentation de la pression veineuse en amont de l’obstacle, avec des conséquences possibles en terme de perfusion d’organes.
Le diagnostic du mécanisme en cause et la correction à apporter sont une affaire d’équipe. Ils exigent une collaboration parfaite entre le perfusionniste, le chirurgien et l’anesthésiste.

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